Les auteurs & les autrices

Claire Berest :

Artifices (Stock)

L’histoire d’Abel Bac, flic méticuleux, introverti et torturé qui trouve le repos dans la collection d’orchidées qui transforme son petit appartement en jardin secret. Suspendu de ses fonctions à la suite d’une mystérieuse dénonciation, il est 

Autour de lui, Camille, sa collègue discrète, les pieds sur terre, et Elsa, sa voisine envahissante et intrusive. Et dans Paris où Abel erre durant ses insomnies, des performances illégales et spectaculaires. 

Après deux romans inspirés par des femmes extraordinaires, Claire Berest flirte avec les codes du polar pour imaginer une figure d’homme hanté par son passé. Une fois encore, elle nous offre un grand plaisir de lecture, plein d’énergie et de sensibilité, une plongé dans les méandres de l’âme humaine autant que dans le monde de l’art contemporain.

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© Astrid di Crollalanza

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© Francesca Mantovani

René Frégni :

Minuit dans la ville des songes (Gallimard)

Conteur magnifique, portant sur le monde un regard tendre, toujours prêt à s’émerveiller, René Frégni déroule ici le récit d’une vie hors normes, la sienne, qu’il a façonnée au gré des fugues, des désertions, des rencontres, des éblouissements. Nomade malgré lui, il se dit lecteur de grand chemin, vagabond des mots. Car l’élève appliqué en école buissonnière, le jeune appelé provençal désertant la grisaille de Verdun a fini par rencontrer les livres, les mots, et leur pouvoir. Il a dévoré tous ceux qu’il trouvait au hasard de ses pérégrinations, les abandonnant pour mieux les partager. Il a fini par écrire lui aussi, dans le sillage de Giono le grand frère provençal. Ses livres aux parfums de garrigue sont plein d’humanité. Quel bonheur de le recevoir enfin !  

Rachid Benzine :

Voyage au bout de l'enfance (Seuil)

Un jour, Fabien est arraché à son monde : ses grands-parents, le foot, les copains d’école, il doit tout quitter pour suivre ses parents qui ont décidé de rejoindre la Syrie et les rangs de Daech. Fabien devient alors Farid, subit l’embrigadement des Lionceaux du califat, voit partir son père, et sa mère s’étioler. 

Fabien raconte, à hauteur d’enfant, une situation dramatique. Désarmé, il oppose à la brutalité et à la violence de son nouveau monde la beauté de la poésie et la force de sa naïveté. Ses mots simples, son regard pur, ses réflexions implacables de candeur nous bouleversent. Victime de ses parents et de l’Etat français qui refuse de faire revenir les enfants de djihadistes, Fabien nous hante.  Qui mieux que Rachid Benzine islamologue, enseignant, dramaturge, pouvait écrire ce tout petit livre nécessaire ? 

SÉLECTION PRIX ANNE TÉNÉS 2023

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© Hermance Triay

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© Céline Nieszawer/Leextra

Maud Ventura :

Mon mari (L'iconoclaste)

L’héroïne de ce roman est une femme comblée (mariée depuis 15 ans, deux enfants, un métier, une belle maison, une vie aisée). Seule ombre à ce tableau idyllique : elle est follement amoureuse de son mari, chez qui, de manière obsessionnelle, elle guette le moindre signe d’un possible désamour. Le livre est le journal intime dans lequel elle note au fil des jours toutes les ruses et les stratagèmes qu’elle imagine pour piéger son homme. Sans cesse sur le fil, à la fois amoureuse et monstrueuse, hilarante et inquiétante, cette dépendante affective compose un parfait anti-modèle pour toutes les aspirantes féministes. Elle est risible, et l’air de rien nous fait rire de nous-même et de nos contradictions.

Prix du 1er roman 2021, un livre détonnant et irrésistible, signé par une jeune femme très douée qui a choisi d’explorer le sentiment amoureux dans tous ses états. 

Jérôme Leroy :

Les derniers jours des fauves 

(La Manufacture de livres)

Mai 2022. Dans une France sous haute tension après les Gilets jaunes et une pandémie, les élections présidentielles se préparent, mais la tenante du titre ne souhaite pas se représenter. La guerre de succession oppose un ministre de l’Intérieur, d’extrême droite, rompu à tous les coups bas, et un ministre de l’Ecologie un peu trop doux dans un monde de brutes, dont la fille va devenir objet de chantage. Attention, tous les coups sont permis, surtout les pires

Auteur de romans noirs parmi les meilleurs du genre, Jérôme Leroy s’inspire des mœurs politiques en cours dans nos démocraties en péril. Son livre est mené tambour battant, sans temps mort malgré un bon nombre de cadavres. On est horrifiés mais, dans le fond, pas vraiment surpris par la violence qui mine nos vies sous tous ses aspects.  Et on n’arrive pas à lâcher ce roman formidable. 

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© PascalIto

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Estelle-Sarah Bulle :

Les étoiles les plus filantes (Liana Levi)

Après le très remarqué Là où les chiens aboient par la queue, l’autrice nous emmène au Brésil sur le tournage d’Orfeu Negro, film mythique de Marcel Camus, Palme d’or au Festival de Cannes 1959, Oscar du meilleur film étranger 1960. L’occasion pour elle de se pencher sur l’histoire politique et culturelle brésilienne, marquée par les rapports entre les Noirs et les Blancs, les classes sociales, les sexes… Vivant et flamboyant, dansant aux rythmes de la bossa nova, le roman généreux nous transporte et nous donne envie de revoir ce chef-d’œuvre du cinéma injustement tombé dans l’oubli.

© Patrice Normand/Leextra

Étienne Kern :

Les Envolés (Gallimard)

Le 4 février 1912, Franz Reichelt, tailleur autrichien installé à Paris, s’envole du premier étage de la tour Eiffel dans son costume parachute dont la conception et la réalisation l’occupent de manière obsessionnelle depuis des mois. Il y sacrifie son métier, ses amours,

sa vie. 

Histoire d’un anti-héros, perdant magnifique qui rêve en grand et, aveuglé par l’éclat de ses rêveries, ne veut pas renoncer. En écho à sa chute, celle du grand-père de l’auteur, et celle d’une amie chère qui s’est défenestrée. Sans pathos, avec pudeur et sensibilité,

le portrait de cet Icare du début du XXe siècle

qui se cogne aux limites du possible est aussi un livre de deuil. 

SÉLECTION PRIX ANNE TÉNÉS 2023

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© Francesca Mantovani/© Editions Gallimard

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© Maxence Stamatiadis

Elsa Jonquet-Kornberg :

Il y aurait la petite histoire (L'Inculte)

Un grand-père préoccupé par le comportement de sa petite-fille Hélène, adolescente difficile, cherche à comprendre les raisons de ses frasques. Placée en internat par ses parents, elle disparait un jour… Recherches, témoignages des élèves, inquiétude, découverte de la vérité, colère, révolte…

En quatre parties denses, ce premier roman très maitrisé suit l’évolution d’un homme confronté à l’impensable. Le vieil homme est renvoyé à sa propre histoire, à ses premiers émois, à sa vie qui, soudain, le met face à lui-même. En peu de pages, avec des mots toujours justes, sans pathos ni démonstration, Elsa Jonquet-Kornberg dit la violence de notre monde, celle de certains individus, celle de la famille quand elle enferme, la violence de la vie même, sans cesse menacée, au bord de se rompre. Invisible, Hélène est présente tout au long du roman, comme l’ombre portée de son grand-père. 

Scénariste, Elsa Jonquet-Kornberg a le sens de la construction et des situations. Une grande réussite. 

SÉLECTION PRIX ANNE TÉNÉS 2023

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© John Foley

Gérard Gavarry :

Le Cortège (P.O.L)

Sur un cargo au départ de Syros, un équipage hétéroclite et improbable : un steward, un cuistot, des officiers, des matelots comme des fantômes, un commandant un peu louche, flanqué de deux amis, un écrivain et un tireur d’élite… Sans oublier deux enfants livrés à eux-mêmes qui inventent des jeux selon leur inspiration… La croisière s’amuse ? Pas sûr.

Croisière hors du temps, oui, et avec trafics illégaux et échouage sauvage du cargo quelque part sur une côte d’Afrique de l’Ouest. Un roman plus profond qu’il n’en a l’air, écrit avec style. Une petite pépite.