Les auteurs & les autrices

Abigail Assor :

Aussi riche que le roi (Gallimard)

Sarah, lycéenne au lycée français de Casablanca, a une revanche à prendre sur la vie : elle veut sortir de la pauvreté qui est la sienne. Le meilleur moyen est d’épouser un homme riche.

Elle jette son dévolu sur Driss, 24 ans, moche, mal fichu, introverti mais qu’on dit « aussi riche que le roi ». 

Dans un décor de carte postale, évolue une société marocaine divisée, fragmentée, empêtrée dans des traditions archaïques, gouvernée par le mépris et l’hypocrisie. Mais dans ce beau roman naturaliste, rien n’est jamais écrit à l’avance. 

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© F. Mantovani / Editions Gallimard

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© Stéphane Lessieux

Violaine Bérot :

Comme des bêtes (Buchet-Chastel)

La montagne, la grotte aux fées, un village sans histoires

et à l’écart, une mère et son fils, géant mutique. La découverte d’une fillette nue dans la nature suscite l’émoi et une enquête. Sur ce qui s’est passé, chacun au village a sa petite idée

et chacun l’exprime dans ce magnifique roman qui, en peu

de mots choisis, explore notre rapport à la nature, aux animaux en général et aux bêtes que nous sommes en particulier.

Avec en toile de fond une réflexion sur la maternité

et les violences infligées à certaines femmes. Profond, poétique, bouleversant. Un gros coup de cœur. 

Eddy L. Harris :

Mississipi solo (Liana Levi)

A 30 ans, l’auteur entreprend de descendre le Mississippi depuis sa source dans le Minnesota jusqu’au golfe du Mexique. « Vulnérable, seul et noir de peau », et sur un canoë.

Une manière de se mesurer à soi-même et aux éléments,

et de découvrir son pays, l’Amérique, qui n’est pas qu’une terre promise. Le fleuve « charrie péchés et rédemption, rêves, aventures et destin », le récit de ce beau périple charrie émotions, rebondissements et émerveillements.

On a l’impression d’y être. 

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© Philippe Matsas/Leextra/Éditions Liana Levi

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Hugo Lindenberg :

Un jour ce sera vide (Bourgois)

Un garçon de 10 ans passe ses vacances sur la côte normande entre sa grand-mère qu’il adore mais qui lui fait honte à cause

de son accent et de ses manières bruyantes, et sa tante folle

qui lui fait peur. Entre ennui et malaise, il rêve d’une famille

« normale » qu’il va rencontrer grâce à Baptiste avec qui il se lie sur la plage. Roman sur la solitude de l’enfance peuplée de fantômes et d’ombres, de morts et de créatures d’un autre temps qui viennent habiter le silence. Un premier roman remarquable, sensible et délicat, couronné par le Prix du livre Inter 2021.  

© Alexandre Guirkinger

Emilienne Malfatto :

Que sur toi se lamente le tigre (Elyzad)

Chronique d’une mort annoncée, celle de la narratrice, enceinte après une brève relation sans plaisir. Pour laver l’honneur de la famille, l’horreur est autorisée dans une société fermée sur ses codes d'un autre âge : la coutume veut que le père tue sa fille – ici en l’absence du père, ce sera le frère aîné.

Les membres de la famille prennent la parole tour à tour, chœur antique annonçant la tragédie à laquelle il se résout. Dense, intense, ce très court roman se lit en retenant son souffle. Il s’est vu décerné le prix Goncourt du 1er roman.

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© Philippe Malfatto

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Anna Moï :

Douze palais de mémoire (Gallimard)

Un père et sa fille embarquent sur un bateau de pêche pour fuir leur pays. Il est ingénieur, a vécu une révolution communiste, y a survécu grâce à ses travaux. La traversée se fait au rythme de ses souvenirs bien rangés dans les Douze palais de mémoire qui les conservent si vivants. Elle est jeune, excitée

par l’aventure, animée par la curiosité, porte sur le monde

et les êtres un regard vif et espiègle. 

Roman à deux voix sur la mémoire, l’exil, la responsabilité,

dans lequel la nostalgie n’empêche pas l’espoir, ni la souffrance l’envie de vivre. Un voyage riche d’enseignements qui évite tous les écueils du mélo et des idées toutes faites. 

© Léon-Paul Schwab

Richard Morgiève :

Cimetière d'étoiles (Joëlle Losfeld)

El Paso, 1963. Dans les pas de Rollie Fletcher et Will Drake, deux enquêteurs qui cherchent à élucider la mort d’un marine. On les suit de bars louches en hôtels miteux, de deals discutables en règlements de compte, dans une atmosphère chargée d’humidité, d’alcools et de sous-entendus.

Les deux s’autorisent tout, et surtout le pire, ils sont infréquentables et pourtant très attachants. Entre polar

et western, un roman fou, fou, fou, et une écriture rare.  

Le nouvel opus d'un auteur libre et inclassable qui se joue

des étiquettes et des codes.

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© Editions Gallimard - Francesca Mantovani

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© Patrick Swirc 2020

Judith Perrignon :

Là où nous dansions (Rivages)

Le Brewster Douglass Project qui a vu le jour au moment

du New Deal a porté tous les espoirs et représenté un temps toute la gloire de Detroit en plein essor industriel.

Il n’en reste aujourd’hui que des ruines où en 2013 fut assassiné un jeune street artiste français. Suivant l’enquête

sur ce crime mené par un ancien enfant de la ville, Judith Perrignon se promène dans l’Histoire, au fil des saisons,

fait des allers-retours entre les époques, donne la parole

à différents protagonistes pour tenter de comprendre :

A quel moment le vent a-t-il tourné ? Quand la ville

et ses habitants furent-ils livrés à eux-mêmes ? Pourquoi

tant de gâchis ? 

La ville de Detroit apparaît ici comme un personnage à part entière, emblématique d’une certaine Amérique. Très bien documenté, très fouillé, un livre passionnant et édifiant. 

Dominique Sylvain :

Mousson froide (Robert Laffont)

Du bonheur de lire un bon polar ! Celui-ci est mené avec maestria par Dominique Sylvain en très grande forme

qui nous balade sans temps mort entre Montréal et Séoul.

On y croise Mark, un enquêteur ombrageux et opiniâtre,

hanté par son enfance coréenne saccagée, son père, psychopathe pervers obsédé par son désir de vengeance, Jindo un labrador spécialiste des mémoires informatiques doué

d’une grande sagesse, Jade, maître-chien un peu mystérieuse, un réseau de pédo-pornographie… Du rythme, une écriture

au scalpel, de la fantaisie, un vrai sens de la construction,

des personnages fouillés, ce polar a toutes les qualités.

Impossible de le lâcher. 

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© Didier Cohen

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© JF Paga

Carole Zalberg :

Tes ombres sur les talons (Grasset)

Itinéraire de Mélissa, jeune provinciale douée qui se retrouve dans une grande école parisienne. Mal dans sa peau, décalée,

elle est autre sur les réseaux qui lui assurent une grande popularité. Elle flirte avec un mouvement extrémiste, s’amourache du gourou, jusqu’au drame qui impose une prise

de conscience. 

D’une écriture ciselée, Carole Zalberg signe un roman intense

en prise directe avec notre époque, ses incertitudes, ses excès,

ses miroirs aux alouettes, sa violence. Il y est question

de la difficulté d’inventer son propre chemin sans se renier,

et du pouvoir de la rencontre avec l’autre qui ouvre tous les possibles. Un bijou tranchant.